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Mémoire DESS STAATH Freddy Immigration protestante dans le Pays de Hanau Introduction
A la veille de la première guerre mondiale, le Pays de Hanau, au nord-ouest de Strasbourg, était un riche territoire exclusivement protestant où le temps semblait s'être figé : les fêtes religieuses rythmaient la vie d'une société profondément rurale attachée à ses traditions et coutumes ancestrales, dans laquelle chacun avait sa place, immuable. Pourtant, cette population homogène et soudée par l'identité religieuse, fortement hiérarchisée, était le fruit d'une longue évolution ayant débuté dès le XVIe siècle. Passionnés de généalogie et d'histoire locale, nous avons tout naturellement été amenés à étudier l'histoire politique, économique et religieuse de notre région, et plus précisément celle du lieu de vie de nos ancêtres, le Pays de Hanau et compris à quel point ces trois éléments étaient indissociables les uns des autres. La première de nos motivations fût donc de chercher à saisir quelles étaient les sources de la situation confessionnelle actuelle, c'est à dire pourquoi le Pays de Hanau est encore de nos jours une enclave à très forte dominante protestante, alors que la majeure partie de l'Alsace est catholique. La seconde motivation fût de chercher nos origines et nos racines, et celle de nos familles, afin de mieux cerner dans quelle mesure des événements politiques ou religieux ont pu influencer le quotidien de nos aïeux et comprendre ainsi la société dans laquelle nous vivons. La troisième motivation, et non la moindre, après avoir découvert la trace de nombreux ancêtres " étrangers ", fût de déterminer dans quelles conditions ont été intégrés dans la société locale les immigrés protestants s'étant installés dans le Pays de Hanau après la guerre de Trente ans. Notre première démarche fût de consulter une bibliographie, relativement restreinte, sur l'histoire religieuse du comté de Hanau-Lichtenberg, notamment les ouvrages de J. Adam et de H. Strohl, puis l'ouvrage de Walter Bodmer, L'immigration suisse dans le comté de Hanau-Lichtenberg, retraçant les causes et les conséquences de l'arrivée de colons suisses après la guerre de Trente ans. Notre seconde démarche fût de chercher une famille protestante du Pays de Hanau avec une assise ancienne (dans une même ferme) pour pouvoir déterminer quelles ont été les conditions d'intégration des immigrés protestants et leurs relations (surtout matrimoniales) avec les familles alsaciennes. Pour cela, nous avons choisi la famille Staath de Wickersheim :d'une part elle fait partie d'un milieu que nous connaissons relativement bien, et d'autre part elle semble être en relation de parenté avec les plus vieilles familles du Pays de Hanau. Nous avons établis son arbre généalogique en consultant les documents familiaux encore existants (souhaits de baptêmes, de confirmation, contrats de mariages…), l'Etat Civil (jusqu'en 1792) et les archives paroissiales (pour la période avant 1792). Alors que le sujet de l'immigration protestante, surtout suisse a été traité par Bodmer, nous proposons d'étudier l'intégration de l'immigration protestante dans la société rurale du XVIIe siècle et son évolution sur ces bases. Dans la première partie nous définirons le cadre historique, c 'est à dire le comté de Hanau-Lichtenberg, son aire géographique et son histoire. Puis nous aborderons le thème de la Réforme : quelques traits généraux et son introduction dans le Pays de Hanau en 1545 par le comte Philippe IV et son prédicateur Groscher. Et enfin nous expliquerons les conséquences politiques, démographiques et religieuses de la guerre de Trente ans et des traités de Westphalie (1648) dans le Pays de Hanau, et tenterons d'établir un bilan provisoire de la situation qui s'en était dégagée. Dans la seconde partie, nous traiterons de l'immigration protestante dans le Pays de Hanau après la guerre de Trente ans, en définissant en premier lieu la notion de Pays de Hanau. En second lieu nous tenterons de cerner l'ampleur du problème démographique, politique et économique, à l'origine même de la politique d'immigration des autorités comtales ; nous étudierons en particulier le cas des Suisses qui représentaient la masse la plus importante. Le thème de l'intégration de cette immigration constituera notre volet suivant, notamment le point de vue religieux et professionnel, et la situation religieuse sous l'autorité française. La troisième et dernière partie sera consacrée à l'étude de l'ascendance et la descendance de la famille Staath de Wickersheim. Nous nous intéresserons plus précisément à sa politique matrimoniale (dans la mesure où nous soulevons l'hypothèse qu'il y en a eu une) en tirant les conséquences de l'étude de leur arbre généalogique.
Quelques repères historiques, pouvant paraître quelquefois secondaires voire anecdotiques, nous paraissaient cependant nécessaires pour comprendre la situation politique et religieuse du comté de Hanau-Lichtenberg après la guerre de Trente ans.
1.1 Le comté de Hanau-Lichtenberg Le comté représentait au XVIe et au XVIIe siècle le plus vaste territoire séculier de Basse Alsace (au sud jusque dans la région de Strasbourg, au nord jusqu'à la frontière palatine, à l'est jusqu'au Rhin et à l'ouest jusqu'à la Lorraine), morcelé en de nombreux petits espaces ainsi que quelques possessions sur la rive droite du Rhin , en Pays de Bade. Le comté appartenait jusqu'en 1480 aux sires de Lichtenberg ; lorsque Jacques de Lichtenberg décéda cette année-là sans héritier de sexe masculin, ses biens furent répartis entre le veuf de sa fille aînée Anna, le comte Philippe I de Hanau et le veuf de sa seconde fille Elisabeth, le comte Simon Wecker de Deux-Ponts-Bitche . En 1570, pratiquement toutes les anciennes possessions des Lichtenberg étaient à nouveau réunies entre les mains des comtes de Hanau-Lichtenberg ; en effet, le comte de Deux-Ponts-Bitche était décédé en ayant légué tout son patrimoine au veuf de son unique fille Marguerite Ludovika, le comte Philippe V de Hanau-Lichtenberg . C'est ainsi, qu'à la fin de la guerre de Trente ans (1648), le comté de Hanau-Lichtenberg se composait de deux bailliages outre Rhin (Lichtenau et Willstett) de douze bailliages en Basse Alsace et une partie du Palatinat , soit environ cent dix villages ! Le dernier comte de Hanau-Lichtenberg, Jean Regnard, mourut en 1736, en laissant tous ses biens au veuf de son unique fille Charlotte Christine, le prince héritier de Hesse-Darmstadt, Louis VIII, dont les descendants gardèrent le comté jusqu'à la Révolution Française.
1.2 La Réforme : quelques remarques générales La période avant la Réforme fut particulièrement marquée par une " désaffection à l'égard de l'Eglise " . En effet, depuis plus de deux siècles, le Pape perdait petit à petit de son autorité, tandis que les ecclésiastiques locaux essayaient tant bien que mal de préserver le respect de leurs fidèles. La richesse et la puissance de l'Eglise , acquises au cours des siècles, avaient engendré l'émergence de profiteurs, de gens avides issus de la (haute-) noblesse, qui y voyait un moyen avantageux de carrière pour ses fils puînés et d'enrichissement rapide aux dépens des laïcs. La présence de telles personnes, dont la foi et la compétence n'étaient pas forcément en rapport avec leurs fonctions, dans les plus hautes sphères du pouvoir ne pouvait être qu'un frein, voire un obstacle à toute notion de progrès, à toute réforme de l'Eglise, mais aussi de l'assistance et de l'enseignement qui en relevaient . Luther (1483-1546), en 1517, a posé les premiers jalons d'un nouveau mouvement religieux qui aboutira à la création des Eglises protestantes. Il condamnait le mode de vie luxueux du monde ecclésiastique qui n'hésitait pas à créer de nouveaux impôts ou développer des systèmes tels que les Indulgences : l'Eglise catholique admettait une remise des peines aux pêcheurs " en échange " d'une certaine somme d'argent (ou éventuellement d'un travail pour l'Eglise) ; cette pratique avait cependant pris une telle ampleur en 1517 , que Luther, dans ses 95 thèses, remit en cause tout le système de la pénitence ecclésiastique et réclamait des réformes religieuses, mais aussi sociales. Il ne s'attaquait pas fondamentalement à la pratique des Indulgences, ni à l'Eglise proprement dite, mais plutôt à la fausse idée de Salut qu'elle promulguait. Ses thèses devinrent surtout célèbres parce qu'elles reproduisaient le mécontentement du monde profane concernant la politique financière de l'Eglise. La véritable rupture de Luther avec l'Eglise catholique datait de 1520 : il dénonçait dans ses écrits l'échec de l'Eglise face aux réformes ecclésiastiques et sociales en avançant son thème central : l'Homme ne peut rien donner à Dieu, mais ne peut qu'accepter ses dons. De même, la Justice Divine ne peut être acquise par les actes, mais uniquement par la Grâce de Dieu. Luther plaçait ainsi la Foi, " génératrice d'une vie nouvelle " , au-dessus de toutes les autres valeurs, et se définissait concrètement par rapport à la religion catholique, d'autant plus que la papauté prenait à ses yeux progressivement la forme de l' Antéchrist ; dans ces conditions, l'unité de l'Eglise devenait impossible et mena à la création des Eglises protestantes luthériennes et réformées. 1.3 La Réforme dans le comté de Hanau-Lichtenberg 1.3.1 La position de Philippe III de Hanau-Lichtenberg face à la Réforme A l'époque où la Réforme ébranlait les esprits à Strasbourg, le comté de Hanau-Lichtenberg était dirigé à Bouxwiller par le comte Philippe III ; celui-ci avait été plutôt favorable aux idées de la Réforme avant la guerre des Paysans de 1525 ; pourtant, lorsque les paysans de son comté se mirent a revendiquer la liberté religieuse et la libération du joug de leur seigneur par des actes d'une grande barbarie, le comte changea d'opinion et préféra laisser les choses telles quelles. De plus, Philippe III menait depuis de très longues années un procès contre la ville de Strasbourg (au sujet d'une affaire de droit local s'étant développée en véritable querelle) et se voyait donc obligé de chercher du soutien auprès de ses voisins, restés fidèles à la vieille idéologie. Bien sûr, le fait que le seigneur impose ses idées religieuses à ses sujets (" cujus regio, ejus religio ", droit véritablement acquis qu'en 1555 par la Paix de Religion d'Ausbourg) n'a pas empêché ces derniers d'être plus que favorables aux idées de la Réforme, encouragés en ceci par l'immoralité et la négligence de certains pasteurs desservant les paroisses rurales.
1.3.2 L'introduction de la Réforme en Hanau-Lichtenberg par Philippe IV Philippe IV de Hanau-Lichtenberg, fils de Philippe III, accéda à la régence du comté en 1538, à l'âge de 24 ans. Il avait, dès le début, manifesté une attitude beaucoup plus positive par rapport à la Réforme que celle de son père ; de plus, il avait épousé Eléonore de Fürstenberg, déjà convertie à la religion protestante. On comprend donc plus aisément sa volonté déterminée de développer les idées de la Réforme sur son territoire. Ainsi, il appela dans la petite ville de Bouxwiller, capitale du comté, Théobald Groscher, le pasteur du village de Hohatzenheim et le nomma au poste de prédicateur de sa cour. Cette nomination fut d'une importance primordiale pour la suite des événements ; en effet, Groscher réussit petit à petit à introduire les idées de la Réforme, surtout dans la ville de Bouxwiller dans les premiers temps. En 1542, Philippe IV, reprochant à l'abbatiale de Neuwiller, chargée d'assurer la desserte de la paroisse de Bouxwiller, de négliger ses fonctions, décida de nommer lui-même les pasteurs et prédicateurs de la ville ; c'est ainsi que Groscher devint officiellement le pasteur de Bouxwiller en 1542, officiant dans l'esprit évangélique, sans pour autant s'opposer à la messe. Un an plus tard, le comte, affecté par le décès de son épouse, accepte, sous l'influence de Groscher, le passage de toute la ville à la Réforme, et y interdit toute messe. Le nouveau culte évangélique ayant fait ses preuves pendant les cinq premiers mois, le comte décida de s'enquérir de nouveaux pasteurs évangéliques pour les autres petites villes de son comté. Pour cela, le comte, par le biais du fürstenbergeois Philipp Hoss, s'adressa aux réformateurs strasbourgeois, notamment à Bucer , figure emblématique du protestantisme alsacien, qui lui manifestèrent leur plus vif soutien et lui envoyèrent des prédicateurs protestants pour la mise en place du nouveau système cultuel. La Réforme fut officiellement introduite en 1545 dans une grande partie du comté. Bucer recommandait toutefois la prudence, vu le pouvoir des adversaires du mouvement. Philippe IV instaura une nouvelle ordonnance ecclésiastique en 1545 qui s'inspirait des règles de Mélanchton pour la Réforme du diocèse de Cologne (en vigueur jusqu'en 1573). Le premier synode eu lieu dès 1545 à Bouxwiller et réunit les différents " pasteurs " du comté, afin d'introduire le " vrai culte religieux " et se défaire des abus. C'est à partir de ce moment que Philippe IV réussit petit à petit à acquérir le droit de desserte des autres paroisses de son territoire, de façon à ce que la quasi totalité du Hanau-Lichtenberg fut protestante vers 1560-1570. Puis, en 1570, lorsque le comté s'agrandit des possessions des Deux-Ponts-Bitche, Philippe IV et son fils Philippe V (régissant ensemble) ne tardèrent pas à introduire la Réforme dans leurs nouvelles terres en les pourvoyant de pasteurs évangéliques. Les nouvelles lois s'opposant à la Réforme édictées par les autorités catholiques pendant l'Intérim n'empêchèrent pas les deux régents de poursuivre leur politique religieuse ; bien au contraire : cela leur permit d'accueillir et de placer à des postes restés vacants des pasteurs étrangers ayant perdus leur ministère. De plus, le comté offrait des bourses aux étudiants en théologie méritants afin d'encourager les vocations et pourvoir dès que possible certaine paroisse d'un pasteur protestant . La nouvelle ordonnance ecclésiastique de 1573 , profondément imprégnée du luthéranisme, s'inspirant du modèle de Württemberg, fut particulièrement appréciée, notamment pour sa brièveté et parce qu'elle avait déjà été instaurée à certains endroits. C'est à partir de ce moment que le comté de Hanau-Lichtenberg devint fondamentalement luthérien, où les réformés et les catholiques n'étaient pas tolérés ! 1.4 La guerre de Trente ans La guerre de Trente ans avait débuté en 1618 en Bohême et s'était rapidement étendue à une grande partie de l'Europe. En 1621, Ernest de Mansfeld et son armée, au service des Protestants, pénétrèrent en Alsace pour tenter de menacer les Habsbourg sur leurs terres. Ils s'installèrent à Haguenau, pillant et tuant dans toute la Basse Alsace, sur les terres protestantes autant que sur les terres catholiques, discréditant par là même la cause protestante. Cette attitude ne pouvait qu'engendrer une haine croissante du côté catholique et parfois même dans les milieux protestants encore hésitants. Les représailles autrichiennes et catholiques ne se firent pas attendre : dès 1622, date du départ des troupes de Mansfeld, les Habsbourg, qui tenaient l'Alsace (l'archiduc Léopold I résidait à Ensisheim et son fils Léopold-Guillaume II occupait le siège épiscopal de Strasbourg, de 1625 à 1662) menèrent une politique d'extermination du Protestantisme dans les villes de la décapole ; ils réussirent à interdire les cultes à Sélestat, à Haguenau (1624) et à Colmar (1628), et à en chasser les bourgeois s'ils refusaient la conversion au catholicisme (et devaient donc se réfugier à Bâle, Mulhouse ou Strasbourg ). L'empereur Ferdinand II était bien décidé à rétablir le Catholicisme dans l'empire et surtout lui redonner ce qui lui appartenait avant 1552. Le 5 juin 1633, la ville de Strasbourg signa une alliance offensive avec la Suède de Gustave-Adolphe, qui promettait de lui envoyer des troupes pour défendre la cité alsacienne. L'armée suédoise, débarquée dès 1630 sur les côtes baltes et après une marche victorieuse à travers toute l'Allemagne, arriva à Strasbourg le 24 août 1633 ; les troupes du général Horn furent accueillies en véritable libérateurs. L'armée suédoise et ses alliés rétablirent les cultes protestants dans de nombreux villages et villes, tout en respectant les droits des catholiques . En Basse Alsace, l'armée de Gustave-Adolphe refoula les Impériaux et les Lorrains, dans un esprit de justice et de générosité pour leurs amis, s'attirant les sympathies des protestants autochtones et même des catholiques. Mais dans le Sundgau, très attaché au Catholicisme, le peuple se souleva et des bandes armées surprirent les Suédois (en détachements isolés) : la répression des troupes, se sentant trop facilement en danger, fut impitoyable. Tous ces événements encouragèrent la France a mener une politique active en Alsace. Elle installa donc des garnisons à Saverne et à Haguenau afin d'éviter que les Suédois ne le fasse. Le tournant de la guerre de Trente ans, en ce qui concerne l'Alsace, se situa en septembre 1634, lors de la défaite suédoise à Nördlingen, en Bavière ; quinze jours plus tard les Impériaux reprirent l'Alsace et les Croates pillèrent tout sur leur passage. Les Suédois, ne pouvant envoyer assez de troupes, signèrent une convention avec la France : la Suède confia l'Alsace au royaume de France, celui-ci s'engagea à respecter la liberté religieuse des Protestants. Rappelons qu'en 1629, Richelieu avait brisé les garanties politiques et militaires que Henri IV avait accordées par l'Edit de Nantes aux Huguenots mais, par l'Edit de Grâce d'Alès, le cardinal avait laissé aux Protestants vaincus la liberté de conscience et de culte . L'année 1639 marque la fin des hostilités en Alsace (sauf dans quelques bastions comme le Hanau-Lichtenberg) et la " réconciliation " avec la Couronne de France. 1.5 Les traités de Westphalie, 1648 Ces traités étaient le fruit d'une paix longuement négociée et mettaient officiellement fin à la guerre de Trente ans : -le traité de Munster, signé par la France et le Saint Empire Romain Germanique -le traité d' Osnabrück, entre la Suède et l'Empire La France avait abandonné aux Suédois toutes les négociations avec l'empire quant aux différents statuts religieux : ces derniers avaient obtenus que chaque confession récupèrerait les biens qu'elle possédait avant " l'année normative " 1624, en précisant que les Réformés jouiraient des mêmes droits que les Luthériens avaient obtenus en 1555 par la Paix de Religion. Le traité de Münster, qui spécifiait clairement les " biens ecclésiastique et la liberté de l'exercice de la religion " (déjà inséré dans le traité d'Osnabrück) est ainsi devenu " la charte des protestants d'Alsace ". Ces traités avaient pourtant, de par des clauses politiques ambiguës, crée une situation juridique et territoriale des plus complexes. Mais la France sut se faire accepter, notamment en assurant la paix après ces années de guerre et en favorisant la prospérité économique, une justice plus équitable, mais en se gardant bien, dans les premiers temps, de s'occuper des problèmes religieux , du moins jusqu'en 1680. 1.6 L'immédiat après guerre de Trente ans dans le comté de Hanau-Lichtenberg Le comté avait été victime en 1625, comme la majeure partie de la Basse Alsace, de la peste, des loups, et d'une misère sans précédent ; les armées de Mansfeld, puis les Impériaux en 1633, les Suédois en décembre 1633, à nouveau les Impériaux en 1635 (après que le comte eût accepté de placer la ville de Bouxwiller sous la protection du roi de France) avaient fait main basse sur tout ce qui était en état d'être dérober. Les Croates pillèrent la ville en 1638, avant une nouvelle offensive des Français ; le comté, et surtout le Pays de Hanau (nous y reviendrons) sortirent totalement ruinés de cette guerre. Puis, en 1672, lors des guerres de Hollande, les Impériaux pénétrèrent à nouveau dans le comté ; la France réagit aussitôt en envoyant Turenne ; celui-ci réussit à maintenir le pouvoir du roi de France en Alsace mais détruisit également de nombreux villages, notamment le village de Lichtenberg et son château. En ce qui concerne la vie religieuse, elle reprenait lentement son cours : en 1648 se constitua le premier " consistoire " , qui fit établir en 1659 une nouvelle ordonnance ecclésiastique, reprenant comme celle de 1573, le modèle du Württemberg. Le comte Frédéric-Casimir l'avait faite établir par son surintendant Wegelin, en tenant compte du fait, qu'il fallait reprendre par la base l'éducation religieuse de tous. Elle semblait être un premier pas vers la tolérance religieuse, puisque les autorités locales y admettaient qu'un parrain ou une marraine d'un enfant luthérien puisse être de religion réformée, d'autant plus que le comte avait fait ouvrir un temple réformé en 1654 à Wolfisheim, près de Strasbourg . 1.7 Bilan provisoire En 1650, nous nous trouvons en présence d'un comté de Hanau-Lichtenberg totalement différent de celui de 1480 que Jacques de Lichtenberg avait légué à ses deux gendres : le domaine avait été reconstitué et même agrandit en 1570 par de savantes politiques matrimoniales au profit des comtes de Hanau-Lichtenberg, qui possédaient désormais un imposant territoire, bien que morcelé, en Basse Alsace. Mais le premier fait le plus marquant pour ce petit coin de terre a été l'introduction de la Réforme en 1545 par le comte Philippe IV et son prédicateur Théobald Groscher. Ils réussirent à imposer les idées de Luther à Bouxwiller dans les premiers temps, dans tout le comté par la suite, posant par là même les premiers éléments d'une identité communautaire. Le second fait marquant, et particulièrement en rapport avec le premier pour la suite de notre étude, fut la guerre de Trente ans et les ravages qu'elle provoqua : les campagnes furent pillées, tant par les amis que par les ennemis du Protestantisme, causant famines, disettes et maladies telles que la peste. Les civils ont souffert le plus de tous ces événements, environ 50% de la population du comté a été décimée par les troupes, la famine ou la maladie, comme nous le confirme une lettre de la comtesse Dorothée Diane de Hanau-Lichtenberg en 1641, qui déplore la perte de plus de 10.000 âmes ! L'avenir ne semblait pas brillant : il fallait dorénavant reconstruire un territoire en ruines, repeupler toute une région, et relancer l'économie, mais surtout veiller au respect des " privilèges et droits religieux " accordé dans les traités de Westphalie en maintenant le Protestantisme dans le comté de Hanau-Lichtenberg.
2.1 Le Pays de Hanau Le Pays de Hanau faisait partie , d'un point de vue historique, de l'ancien comté de Hanau-Lichtenberg ; il tire son nom de la ville de Hanau, en Hesse : lorsque Jacques, dernier comte de la lignée des Lichtenberg s'éteignit en 1480, Philippe I de Hanau hérita (de par son mariage avec Anna de Lichtenberg) de la moitié du comté, comprenant sa capitale, Bouxwiller, et les bailliages de Bouxwiller, Hatten, Westhoffen et Paffenhoffen, donnant ainsi son nom à cette région. Pourtant, la notion de Pays de Hanau ne correspond pas totalement à la réalité historique, mais plutôt à une réalité culturelle, notamment religieuse, et géographique : c'est une plaine agricole fertile se situant au nord-ouest de la ville de Strasbourg, naturellement délimitée par la Zorn au sud et la Zinsel au nord, l'ouest étant fermé par les Basses Vosges , l'est par le val de Moder. L'habitat est plutôt de type rural, regroupé en une quarantaine de petits villages de quelques centaines d'habitants (voire souvent moins, comportant au plus une dizaine de grosses fermes, des fermes moyennes et de nombreuses maisons de journaliers) distants de quelques kilomètres, et de rares centres urbains comme Bouxwiller et Ingwiller . Il comprend également quelques villages protestants n'ayant pas fait partie du comté de Hanau-Lichtenberg (comme par exemple Zutzendorf, ancienne possession des Fleckenstein) mais qui culturellement s'y apparentent nettement. En fait, " le village alsacien de la plaine forme une communauté homogène, solidaire mais hiérarchisée, attachée aux signes extérieurs de l'appartenance sociale et régie, tant ce qui concerne la richesse du costume que l'importance de la maison, par des traditions rigides que nul ne songe à enfreindre. Chacun a sa place. Chacun ne saurait demeurer qu'à sa place " . On pourrait diviser cette société rurale en plusieurs classes : bien que beaucoup d'auteurs, comme par exemple G. Klein considèrent qu'il y avait trois classes (les grands propriétaires, les moyens, et les journaliers), nous admettrons la thèse de B. Vogler sur l'existence de deux grandes classes rurales : celle des propriétaires fonciers (les laboureurs), elle-même divisée en " gros cultivateurs " (les " Herrebüre ", ou " coqs de village ", possédant de 15 à 20 hectares ) et " cultivateurs moyens " (de 8 à 12 hectares) et celle des journaliers, au service des premiers et devant se contenter de quelques dizaines d'ares ; nous nous basons pour cela sur différentes études généalogiques et témoignages montrant qu'il y a bien eu des relations matrimoniales de la sous-classe " gros cultivateurs " vers celle des " cultivateurs moyens ", mais pas inversement ! On peut donc admettre qu'il ne s'agissait que d'une seule classe, bien que divisée. C'était un environnement relativement clos, avec des relations plutôt limitées avec l'extérieur jusque vers la seconde moitié du XIXe siècle et le développement industriel et ferroviaire. Le Pays de Hanau semblait être en 1900 une région riche et prospère, véritable pendant protestant du Kochersberg catholique voisin, cette évolution ne s'était pourtant pas faite de façon tellement évidente ! 2.2 La situation du Pays de Hanau en 1648 2.1.1. La situation démographique Le Pays de Hanau a particulièrement été touché par les aléas de la guerre de Trente ans : on estime à environ 50% (et plus) le nombre de morts par rapport à la population totale du comté de Hanau-Lichtenberg ; la région avait été complètement dévastée et pillée par les différentes armées de passage, les terres étaient toutes en friches, les fermes détruites ou sur le point de s'effondrer ; ceux qui avaient réussi à survivre aux attaques meurtrières de la soldatesque avaient été décimés par la famine ou les maladies (peste…) . De nombreux villages avaient disparus ou été totalement ravagés : la grande majorité des habitants avaient fui à Bouxwiller, la capitale fortifiée du comté ou dans les Basses Vosges, laissant derrière eux tous leurs biens ; la ville de Bouxwiller n'avait plus que 8 habitants en 1634 , Printzheim 3 en 1639, 2 pour Kirrwiller et Imbsheim la même année, en 1639 il ne restait à Hattmatt qu'un seul bourgeois , la seigneurie de Niederbronn (six villages) etait totalement déserte en 1641 . Une réorganisation totale du territoire et une politique de repeuplement s'imposaient donc d'elle-même, d'autant plus que les seigneurs n'avaient touché aucun impôt en cette période de guerre et qu'il fallait à tout prix remplir les caisses ! 2.1.2 La situation politique et économique Comme nous l'avons déjà vu, la Réforme avait été introduite dans le comté de Hanau-Lichtenberg dès 1545. Les traités de Westphalie signés en 1648 garantissaient les droits religieux des Protestants alsaciens et n'annexaient au royaume de France que les possessions alsaciennes de l'Autriche dans un premier temps, mais le flou juridique de ces traités aidant, Louis XIV parvint petit à petit à annexer également les autres territoires. Les troupes impériales avaient lors de la guerre de Hollande (1672-1678) à nouveau envahit l'Alsace, mais avaient été battues par l'armée de Turenne en 1675, qui, en 1677, brûla les villes et villages sur son passage pour ralentir l'avancée des Impériaux. L'économie de la région était de ce fait profondément anéantie : les prix n'avaient cessé d'augmenter jusqu'en 1639, les mauvaises conditions météorologiques et le non-ensemencement des champs auxquels s'ajoutaient les épidémies avaient fini par ruiner toute la région qui croulait sous les dettes, d'autant plus qu'une part importante de la main d'œuvre agricole avait été tuée. Dans les faits, Louis XIV ne réussit à faire reconnaître son autorité dans le Hanau-Lichtenberg qu'à partir de 1680 , date à laquelle toute l'Alsace fut totalement française (Strasbourg capitula en 1681), ce qui signifiait que le comte avait gardé toute autorité en matière de religion, comme le lui accordait la Paix de religion d'Augsbourg de 1555 : il avait entamé une politique de repeuplement de son territoire, en essayant d'attirer une population protestante par diverses mesures non-officielles. 2.3 L'immigration protestante Nous traiterons tout particulièrement de l'immigration protestante suisse (elle représentait environ 70 à 90% de tous les immigrés protestants) mais également de l'immigration protestante des régions limitrophes comme la Moselle, la Souabe ou le Pays de Bade. 2.3.1 Politique d'immigration dans le comté de Hanau-Lichtenberg Le comte Frédéric-Casimir avait été obligé d'entreprendre, vu l'ampleur du désastre démographique, matériel et économique de son territoire, une véritable politique de reconstruction ; pour cela, le Hanau-Lichtenberg a mis en place toute une série de mesures, restées officieuses, pour attirer des colons protestants sur les terres restées en friches et les fermes abandonnées (n'ayant pas été réclamées par des ayant droit à l'héritage). Contrairement aux autres seigneurs catholiques, le comte ne fit pas publier d'édits de défrichement, ceux venant du Royaume de France (1662-1682), qui octroyaient aux colons les biens caducs, les exemptaient temporairement d'impôts (en général pendant six ans) et leur attribuaient gratuitement pendant six ans le bois de construction et de chauffage dont ils avaient besoin, ne furent quasiment pas appliqués en Hanau-Lichtenberg jusqu'en 1687, et ne concernaient que les mesures économiques, pas religieuses ; les autorités comtales préférèrent laisser l'initiative aux subalternes, qu'on pouvait le cas échéant désavouer . Ces mesures devaient inciter des étrangers à venir s'établir en Alsace, le comté étant bien décidé à maintenir la cohésion religieuse et confessionnelle dans le comté . 2.3.2 L'immigration suisse dans le Pays de Hanau On estime à environ 3000 le nombre de colons suisses venus s'installer dans le comté de Hanau-Lichtenberg après la guerre de Trente ans , soit environ 2000 pour le Pays de Hanau. Cette immigration n'était pourtant pas le fruit du hasard : elle est le résultat d'une politique active de la part des autorités du comté, mais suppose également que ces colons avaient des raisons de quitter leur Suisse natale pour s'établir dans une région inconnue. Le comté avait fait appel dans les premiers temps à la Suisse (plus précisément les cantons de Berne, de Bâle et de Zurich), qui avait l'énorme avantage d'avoir été relativement épargnée par la guerre, et d'être protestante, bien que réformée. Il semblerait même que les autorités comtales aient envoyé des émissaires en Suisse pour " recruter " les premiers colons , fait très probable si l'on considère le faible développement des moyens de communication et d'information de l'époque et le nombre important d'immigrés suisses arrivés progressivement de 1650 à 1700. 2.3.2.1 Causes de l'émigration des Suisses La Confédération Helvétique avait joui de 1620 à 1650, pendant que la guerre dévastait toute l'Europe, d'une formidable prospérité économique et commerciale grâce à son statut de neutralité : elle pouvait aisément écouler toutes ses productions sur les marchés voisins totalement annihilés par les effets de la guerre. Mais lorsque les marchés européens se rétablirent lentement après 1639, les suisses eurent du mal à vendre leurs marchandises, entrant ainsi dans une grave crise économique . Cette crise économique engendra une jacquerie en 1653 : les représailles des autorités furent très sévères et beaucoup de rebelles, dont la plupart étaient d'origine bernoise ou zurichoise durent prendre la fuite . De plus, la Suisse, dont les vallées étaient de plus en plus surpeuplées, était le témoin d'une émigration relativement importante depuis le début du siècle : les vallées alpestres aux rares terres labourables et aux conditions climatiques peu adaptées à la culture n'offraient plus assez de travail à toute sa population, qui ne pouvait que partir ! Enfin, certaines régions du canton de Berne étaient régies par le droit de juveignerie, c'est à dire que c'est le plus jeune des fils qui héritaient de l'exploitation familiale, les aînés étant condamnés à partir . L'Alsace offrait un refuge idéal à tous ces chassés et indésirables et ne demandait pas mieux que d'accueillir cette main d'œuvre prête à travailler sur les terres restées en friches, des colons qui, de leur côté, cherchaient un lieu pour s'établir. 2.3.3 L'immigration protestante autre que suisse dans le Pays de Hanau Il est difficile de chiffrer cette immigration, puisque nous ne disposons d'aucune statistique de l'époque ; de plus, elle a toujours eu lieu, bien que de façon très limitée, l'Alsace ayant de tous temps été une terre d'accueil (Bouxwiller, capitale du comté, accueillait aussi de nombreux fonctionnaires venus des possessions dans le Pays de Bade). Il est donc particulièrement ardu de déterminer ceux qui sont déjà venus avant la guerre de Trente et ceux qui ne se sont installées qu'après, d'autant plus que les archives, si elles existent encore, ne contiennent pas toujours les éléments d'information sur les origines des étrangers. On peut malgré tout estimer, de façon très large, cette immigration à environ 1000 ou 1500 personnes pour tout le comté, soit environ 800 à 1200 personnes pour le Pays de Hanau seul. Cette immigration, contrairement à celle originaire de Suisse, semble avoir été beaucoup plus arbitraire et avoir dépendu des volontés de chacun. Elle semblait, avant la guerre de Trente ans, aussi avoir été l'apanage d'une certaine élite sociale puisque les arrivants occupaient très rapidement des fonctions importantes au niveau local , alors qu'après 1650 ce furent plutôt des gens modestes qui arrivèrent. Leurs lieux d'origine étaient souvent les régions proches du comté de Hanau-Lichtenberg ou la Suisse , comme le Württemberg, le Pays de Bade, le Palatinat, la Moselle…ou les bailliages outre-Rhin du comté. 2.4 Intégration de cette immigration protestante 2.4.1 Point de vue religieux Nous ne traiterons pas dans ce travail des différences idéologiques et théologiques entre la religion protestante luthérienne et la religion protestante réformée, mais des politiques menées par les autorités comtales pour convertir, du moins essayer de convertir, les Suisses Réformés venus s'établir dans le comté de Hanau-Lichtenberg après 1650. Le comte a entrepris dès le début, par peur voir naître des églises réformées dans le Pays de Hanau (il avait fait ouvrir une église réformée en 1652 à Wolfisheim, loin de Bouxwiller, mais près de Strasbourg), tout comme ses coreligionnaires d'ailleurs, une politique visant l'assimilation des Réformés dans l'Eglise Luthérienne , sous peines de sanctions (comme par exemple l'interdiction de célébrer un office religieux pour le décès d'un protestant réformé) inscrites dans l'ordonnance ecclésiastique de 1659 . Le résultat fut celui escompté : la très grande majorité des Réformés (suisses ou autres) se convertirent à la religion luthérienne ou du moins leurs enfants furent éduqués dans cette foi, puisque le domaine scolaire relevait également des autorités ecclésiastiques. On constate donc, que seulement une génération après leur arrivée, la majeure partie des immigrants protestants réformés étaient passés à la religion luthérienne. 2.4.2 Point de vue professionnel En comparant les différents lieux d'origines des immigrants protestants arrivés en Alsace après la guerre de Trente ans, on constate qu'une très large majorité était issue du milieu rural, pratiquant des métiers tels que journaliers, domestiques, valets de ferme, artisans (forgerons, tisserands…) et était donc particulièrement aptes à travailler sur les exploitations agricoles du comté qui manquait cruellement de main d'œuvre. Une fois établis , les colons n'avaient pas non plus à craindre de concurrence de la part des indigènes, puisque selon une ordonnance seigneuriale de 1651, il était interdit aux sujets du comte de Hanau-Lichtenberg de parvenir au poste de métayer , fonction pourtant lucrative. De plus, il serait dans la nature des Suisses , surtout dans celle des Bernois, de chercher à atteindre une position sociale plus élevée grâce à un travail consciencieux et assidu, pour passer du métier de domestique à celui de métayer ou chef d'une bergerie. Mais il semblerait que les autres immigrés aient tout autant réussi que les suisses et que la réussite sociale dépende dans ce cas plutôt de la personnalité et l'ambition de chacun. Le but final de tous ces colons ayant fui la misère dans leur région était bien évidemment de devenir propriétaire à leur tour, encouragés en cela par la politique menée par les autorités comtales. Ainsi, un très grand nombre de ces immigrés protestants s'établirent dans les villages, dans les fermes restées vides après la guerre et devinrent même bourgeois des dit villages, après une longue période " d'essai " , cessant par la même d'être considérés comme des Suisses . L'intégration de tous ces nouveaux arrivants s'est donc faite relativement rapidement, à condition bien sûr d'adhérer à la religion protestante luthérienne ; et si la première génération de colons s'est encore majoritairement mariée avec des personnes ayant la même origine, les générations suivantes se sont rapidement intégrée dans les vieilles familles alsaciennes : les journaliers ont épousé des filles de journaliers, ceux qui avaient réussi à devenir métayer ou chef de bergerie se mariaient avec les filles des bourgeois et laboureurs des environs (surtout à partir de la seconde génération). 2.5 Le maintien de la religion protestante sous l' autorité française Alors que les autorités royales françaises n'avaient manifesté qu'un intérêt relativement moyen par rapport aux problèmes religieux en Alsace avant 1681, date de la capitulation de la ville de Strasbourg, de la prise de possession définitive de l'Alsace et de la fin des guerres de Hollande, elles commencèrent à mener une politique défavorable aux Protestants : la France ne pouvait pas combattre ouvertement les Luthériens ou les Réformés, puisqu'elle s'était engagée dans les traités de Westphalie en 1648, à respecter leurs droits. Les tentatives d'établir " un roi, une loi, une foi " se soldèrent, dans le Pays de Hanau, par des échecs, malgré diverses mesures, dont certaines entreprises dès 1650 : tout comme les seigneurs protestants, le roi de France avait promis en 1662 aux catholiques étrangers des terres, la gratuité du bois de construction et de chauffage, l'exemption d'impôts et de corvées pendant six ans, mesures pourtant non-appliquées en Hanau-Lichtenberg. En 1666 fut décrétée l'interdiction de professer des paroles contre " la Vierge et les Saints ". Toutes ces mesures furent encore renforcées en 1683 : il était dorénavant interdit aux pasteurs luthériens ou réformés de tolérer la présence de catholiques ou de " nouveaux convertis repentis "au culte , sous peine de destitution, de bannissement, de confiscation des biens et de fermeture définitive du temple. La propagande catholique semblait quasi illimitée et de plus jouissait de tous les appuis officiels, allant dans certains cas jusqu'à annuler les dettes des Protestants qui se convertissaient au catholicisme et, inversement, bannissant ceux qui devenaient protestants! ! ! La plus haute autorité locale, la fonction d'écoutète (" Schultheiss "), avait également été retirée en 1685 des mains des Protestants pour devenir exclusivement catholique, mais les Protestants détournèrent le problème en créant la fonction de " Stabhalter " (prévôt de la communauté protestante d'un ou plusieurs villages), qui détenait le véritable pouvoir. La pire des humiliations pour les Protestants fut très probablement l'introduction en 1683 du simultanéum : dans les villages (même dans le comté de Hanau-Lichtenberg, dont le comte avait dut jurer fidélité au roi de France en 1681) où résidaient au moins sept familles catholiques, les Protestants devaient rendre à celles-ci le chœur de leurs églises, fait pourtant contraire au traité d'Osnabrück, d'autant plus que la France encourageait l'installation de familles de journaliers catholiques (avec les mesures déjà citées) dans les villages protestants. La politique de contrainte et de propagande catholique s'est finalement amenuisée dès 1689 avec le début des guerres du Palatinat, et surtout à partir de 1692, à la mort du ministre de la guerre et chargé des affaires d'Alsace, Louvois. Les mesures de la révocation de L'Edit de Nantes en 1695, n'ont jamais été appliquées en Alsace, puisque d'une part cet édit n'avait jamais été valide en Alsace, à l'époque non française, et que d'autre part les traités internationaux (traités de Westphalie) l'interdisaient (la politique vexatoire à l'égard des Protestants, notamment l'introduction du simultanéum, n'avait pourtant suscité aucune réaction de la part des états protestants, alors qu'elle était également contraire à ces traités, faits à mettre en rapport avec la puissance du roi de France et la limite de légalité de ses agissements ). 2.6 Bilan en 1720 : conscience et identité communautaire dans le Pays de Hanau On peut établir un premier bilan en 1720 : la très grande majorité des immigrés protestants arrivés dans le Pays de Hanau après la guerre de Trente ont été totalement intégrés dans la société rurale, soit par mariage, chacun se mariant dans sa propre classe sociale, soit par acquisition directe de la bourgeoisie d'un village, perdant de ce fait leur nationalité d'origine et devenant ainsi sujets du comte de Hanau-Lichtenberg et du roi de France en 1681. Pourtant, cette intégration n'a pu se faire que sur la base d'une conversion impérative à la religion protestante luthérienne, tous ceux qui la refusaient étaient mis au ban de la société religieuse (notamment au niveau des cérémonies comme le mariage, le baptême ou un décès), même si dans la vie quotidienne on montrait plus de tolérance à leur égard. L'importance de la confession religieuse a encore été accentuée par la politique anti-protestante de Louis XIV, qui a renforcé le sentiment de communauté dans un Pays de Hanau entièrement entouré de régions catholiques ou réformées. C'est ainsi que la religion protestante luthérienne est devenu le véritable ciment de la société du Pays de Hanau, encouragée en cela par les différentes ordonnances ecclésiastiques publiées par les autorités comtales qui s'efforçaient d'imposer le Décalogue comme norme de comportement social, individuel et familial à ses fidèles, dont l'application était confiée au notables du village, comme le stabhalter, les échevins et le pasteur . Ainsi, comme toute la vie quotidienne était dominée par cette vie religieuse , le Pays de Hanau s'est aussi fermé d'un point de vue culturel et technique (au niveau rural, sauf pour une certaine élite sociale) à toutes les modes, tendances et progrès techniques , c'est peut-être aussi pour cela que certaines traditions ancestrales y sont encore bien vivantes de nos jours.
Comme nous l'avons vu dans notre partie précédente, le Pays de Hanau était aux environs de 1700 un territoire exclusivement protestant, sur lequel se sont installés jusque vers le début du XVIIIe siècle des colons aux origines diverses, en très grande majorité suisse, ayant presque tous adhérés à la confession luthérienne, et s'étant pratiquement tous intégrés dans les vieilles familles alsaciennes par le mariage, lui-même régit par le statut social. C'est sur cette base que nous allons poursuivre notre recherche ; nous proposons dans un premier temps d'étudier les conséquences de la religion sur les comportements sociaux , puis, dans un second temps, nous nous intéresserons, sur une période de deux siècles, à l'histoire, plus précisément à la politique matrimoniale, d'une famille paysanne du Pays de Hanau, qui, aux premières apparences, semble être bien implantée en Alsace, mais qui finalement, comme toutes les familles des environs, est bien plus européenne qu'alsacienne. 3.1 Economie et confession Certains sociologues se sont efforcés de montrer la correspondance entre la confession religieuse et l'attitude de sa communauté par rapport à l'activité économique ; si leurs théories sont relativement exactes pour le milieu urbain, il n'en va pas forcément de même pour le milieu rural : c'était un milieu très fermé , replié sur lui-même et hostile à toute forme de modernité, surtout dans notre contexte , le Pays de Hanau, où le travail de la terre était pratiquement le seul revenu du paysan , où le riche cultivateur-propriétaire , qui détenait le pouvoir politique et économique dans le cadre de la communauté villageoise, n'avait aucun avantage à moderniser une exploitation qui bénéficiait de la main d'œuvre quasi gratuite des journaliers, valets de ferme et servantes. Evidemment, la religion imprégnait entièrement la vie quotidienne, mais plus vraiment avec les idées originelles de Luther, mais plutôt avec des valeurs telles que la foi et l'amour ; " la référence au décalogue comme bréviaire éthique " avait fait que " le modèle " n'était plus " le saint ", mais " le bourgeois qui assure son travail de manière compétente ", " qui est bon père de famille, fidèle en amitié et qui craint Dieu " . En effet, la Réforme a fortement valorisé l'engagement dans ce monde, le travail, estimant que " le devoir s'accomplit dans les affaires temporelles, qu'il constitue l'activité morale la plus haute que l'homme puisse s'assigner ici-bas ", où " l'activité quotidienne revêtait une signification religieuse " . De plus, la tradition luthérienne a toujours valorisé l'usage des biens de ce monde, même le manger et le boire, la propriété et le souci de l'économie, ce qui se reflète tout particulièrement dans la mentalité paysanne ou bourgeoise . Il était donc important de montrer qui l'on était et la fortune dont on disposait, sans pour autant la gaspiller : plus la ferme était grande et spacieuse, le nombre de terres, de domestiques et de chevaux important , plus on gagnait en respect dans cette société, puisque tous ces biens avaient été acquis grâce au travail et se transmettaient de générations en générations ! Enfin, Luther a toujours valorisé l'image du mariage, tout en acceptant qu'il soit affecté par le péché ; pour lui le mariage d'un homme et d'une femme était voulu par Dieu, il montrait l'amour entre eux et permettait d'assurer la procréation ; la famille est ainsi devenu le premier lieu de l'éducation religieuse. Nous nous trouvons donc en face d'une société rurale traditionaliste, entièrement encadrée et contrôlée par le corps pastoral et par les notables du village (prévôt , échevins, laboureurs), attachée aux signes extérieurs de richesse, où chacun est condamné à rester à sa place, sans aucune possibilité de promotion sociale . 3.2 Etude de cas : les Staath, de Wickersheim Nous proposons d'étudier le cas typique de cette famille paysanne de Wickersheim, petit village à l'extrême sud du Pays de Hanau, en nous intéressant tout particulièrement à sa politique matrimoniale de 1700 à 1900, à supposer qu'il y en ait eu une. Le contexte est celui du milieu rural, le centre économique en est la ferme : chacune a son propre nom , et sa prospérité est la condition pour la survivance de la famille , de l'individu, de la lignée, au delà du simple patronyme ; on comprend d'ores et déjà l'importance que peut revêtir le mariage, véritable " association de groupes d'intérêts " qui assurera la pérennité de la famille et l'aisance matérielle (ou non) des générations à venir. Les Staath se sont installés en 1715 dans une ferme à Wickersheim (" s'Stademichels ") qu'ils occupent encore en 1900 , donnant naissance, par de savantes et avantageuses unions, à une importante lignée de paysans dans tout le Pays de Hanau ; cette stabilité de résidence nous permettra d'étudier les mariages des différents héritiers de la ferme et ceux de leurs frères et sœurs dans d'autres fermes, afin de pouvoir déterminer si on peut vraiment parler de politique matrimoniale. 3.2.1 Enfants et mariages Descendance de Michel STAATH et de Margaretha BRUMTER
- Anna Catharina (o 14.08.1717), épouse le 28.01.1734 Johannes GITZ de Zoebersdorf Descendance de Johann Michel STAATH et Maria Margaretha HAMMAN de Wilshausen
- Johann Michel (o 16.04.1743- + 10.02.1745) Descendance de Jacob STAATH et Margaretha EDEL de Buswiller
- Michel ( o 15.02.1770 ), épouse le 07.01.1794 Anna Catharina KLEIN de Wickersheim (" s'Kleinhanse ") Descendance de Michel STAATH et Anna Catharina KLEIN de Wickersheim
-Johannes ( o 6 Nivôse An 3, soit 26.12.1794), épouse le 20.06.1820 Anna Catharina Fuchs de Waltenheim Descendance de Johannes STAATH et de Anna Catharina FUCHS
- Michel ( o 16.08.1821), épouse le 25.02.1841 Barbara KLEIN de Wickersheim (" s'Kleinhanse ") Descendance de Michel STAATH et de Barbara KLEIN
- Margaretha ( o 13.05.1841), devient religieuse. Descendance de Michel STAATH et de Anna MICHEL
- Margaretha ( o ), épouse Michel SCHAEFFER de Issenhausen (" s'Ettels ") On constate d'ores et déjà que les Staath ont eu des relations matrimoniales particulièrement développées avec certaines familles et fermes aisées bien définies, des environs immédiats de Wickersheim, notamment les Schaeffer de Issenhausen, les Velten de Wilshausen, les Frey et les Klein de Wickersheim, les Fuchs de Waltenheim, les Edel de Buswiller . On peut donc soulever l'hypothèse d'une politique matrimoniale, mais pas uniquement axée sur les biens matériels apportés lors d'un mariage, mais également la notion de prestige social. Mais examinons tout d'abord leur arbre généalogique. 3.2.2 Arbre généalogique
2 STAATH Michel
3 SCHAEFFER Maria 2e génération
4 STAATH Michel
o 10.03.1847 Wickersheim
5 MICHEL Anna
6 SCHAEFFER Johannes
7 RICHERT Margaretha 3e génération
8 STAATH Michel
9 KLEIN Barbara
10 MICHEL Johannes
11 MICHEL Margaretha
12 SCHAEFFER Michel
13 URBAN Margaretha
14 RICHERT Michel
15 RICHERT Margaretha 4e génération
16 STAATH Johannes
17 FUCHS Anna-Catharina
18 KLEIN Johannes
19 STAATH Anna-Catharina
20 MICHEL Jacob
21 SCHOLLER Margaretha
22 MICHEL Johann-Georg
23 RICHERT Anna-Maria
24 SCHAEFFER Michel
25 EDEL Margaretha
26 URBAN Hans
27 RICHERT Margaretha
28 RICHERT Michel
29 KERN Maria
30 RICHERT Georg
31 STAATH Margaretha 5e génération
32 STAATH Michel
33 KLEIN Anna-Catharina
34 FUCHS Hans
o 26.08.1766 Waltenheim
35 STAATH Anna-Catharina
36 KLEIN Johannes
37 RICHERT Anna Maria
38 STAATH Johannes
39 MEHL Anna Catharina
40 MICHEL Jacob
41 MEHL Anna Maria
42 SCHOLLER Johannes
43 DIEMER Margaretha
44 MICHEL Johann Georg
45 STAATH Maria Margaretha
46 RICHERT Michel
47 RICHERT Margaretha
48 SCHAEFFER Jacob
49 MEHL Anna Barbara
50 EDEL Hans
51 EDEL Anna
52 URBAN Valentin
53 EDEL Margaretha
54 RICHERT (Hans-) Georg
55 SCHWEIER Margaretha 56 = 46 57 = 47
58 KERN Georg
59 VELTEN Anna Maria 60= 54 61= 55 62=38 63=39 6e génération
64 STAATH Jacob
65 EDEL Margaretha 66 = 36 67 = 37
68 FUCHS Hans Georg
69 RIEHL Catharina
70 STAATH (Johann-) Georg
71 FUCHS Anna Catharina
72 KLEIN Johannes
73 FIRN Anna Barbara
74 RICHERT Johannes
75 ROMMERT Anna Catharina
76 STAATH Johann Michel
77 HAMMANN Maria Margaretha
78 MEHL (Johann-) Georg
79 ROMMERT Anna Catharina
80 MICHEL Johannes
81 KLEIN Anna Catharina
82 MEHL Johannes
83 ROMMERT Margaretha
84 SCHOLLER Michel
85 MEHL Anna Catharina
86 DIEMER Diebold 87 KLINGHAMMER Margaretha 88=80 89=81
90 STAATH Diebold
91 VELTEN Maria
92 RICHERT Michel 93 HANSS Maria
94 RICHERT Jacob
95 MOSSLER Barbara
96 SCHÄFER Lorentz
97 ROMMERT Catharina
98 MEHL Georg
99 GITZ Catharina
100 EDEL Hans
101 MEHL Margaretha
102 EDEL Hans
103 MARTZOLF Anna
104 URBAN Johann
105 EBERLIN Catharina 106 =102 107=103
108 RICHERT Hans
109 SCHMIDT Catharina Eva
110 SCHWEIER Anstett 111 GITZ Margaretha
116 KERN Johannes, le jeune
117 KERN Marie 118 VELTEN 119 KAUFFMANN 7e génération 128 = 76 129 = 77
130 EDEL Jacob
131 SCHWEIER Margaretha
136 FUCHS Johann Georg
137 BERNHARDT Anna Maria
138 RIEHL Jacob
139 KLEIN Catharina + Waltenheim 140 = 76 141= 77
142 FUCHS Johann Jacob
143 FUCHS Anna Maria
144 KLEIN Hans
145 MEHL Anna
146 FIRN Johannes
147 MOSSLER Margaretha
148 RICHERT Hans Adam
149 KRIEGER Anna
150 ROMMERT Christmann
151 SCHWEITZER Barbara
152 STAATH Michel
153 BRUMTER Margaretha
154 HAMMANN Andreas
155 METZGER Anna Magdalena
156 MEHL Marz
157 MOSSLER Brigitta
158 ROMMERT Johannes
159 GITZ Margaretha
160 MICHEL Jacob
161 HEINTZ Barbara 162 KLEIN Georg 163 MEEL Margaretha 164 = 156 165 = 157 166 = 158 167 = 159
168 SCHOLLER Hans
169 SCHWEYER Margaretha 170 MEHL Michel 171 Margaretha, veuve KLEIN 172 173 174 175
180 STAATH Diebold
181 FREY Anna Catharina
182 VELTEN Michel
183 SCHMIDT Anna Maria 184 = 108 RICHERT Hans
185 BAUER Margaretha
186 HANSEN Diebold
187 SCHMIDT Catharina 188 = 108 189 = 109
190 MOSSLER (Johann-) Georg
191 GITZ Margaretha
192 SCHÄFER Hans Georg
193 GOLL Catharina
194 ROMMERT Hans
195 WENDLING Margaretha 196 MEEL 197
198 GITZ Niklaus 199
200 EDEL Johann
201 MARTZOLF Anna Catharina
202 MEEL Georg
203 MEEL Margaretha
204 EDEL Sixtus
205 MEEL Anna
206 MARTZOLF Johannes
207 MOSSLER Anna Barbara
208 URBAN Johann
209 ROTH Catharina
210 EBERLIN Velten
211 ARBOGAST Catharina 216 RICHERT 217
218 SCHMIDT Niklaus 219 220 SCHWEYER 221 Nous rappelons brièvement les familles récurrentes tout au long de cet arbre généalogique ou celle de la huitième (et plus) génération: Les Staath : tous descendants de Michel Stad, mort en 1684 à Geiswiller ; il semblerait qu'il était d'origine nordique, du moins pas du Pays de Hanau. Les Richert de Ringendorf : Pratiquement tous issus du mariage en 1670 ou 1680 de Hans Adam Richert et de Gertrud Beuerlein de Buswiller. Les Mossler : ils sont tous originaires de Issenhausen, descendants de Niklaus Mossler et de Margaretha Jacob de Zoebersdorf . Les Edel : dans notre cas, ils sont tous issus de la même ferme de Buswiller , du mariage de Sixt Edel de Ettendorf et de Maria Clauss de Buswiller en 1650. Il s'agissait très probablement d'un mariage mixte, dans la mesure où Ettendorf a toujours été catholique et Buswiller protestant ; la question restera ouverte puisqu'une erreur du pasteur dans la rédaction de l'acte n'est pas à exclure ; en fait, les mariages mixtes étaient chose courante après la guerre de Trente ans : il valait mieux les tolérer plutôt que de risquer l'abjuration ou la conversion, et les malheurs endurés en commun durant la guerre étaient encore assez présents dans les esprits pour surmonter la différence confessionnelle ; cette attitude a pourtant disparue avec l'apparition de la politique anti-protestante de Louis XIV . Les Meel / Mehl : très vieille famille du Pays de Hanau originaire de la région de Kirrwiller-Issenhausen que l'on trouve dès la seconde moitié du XVIe siècle. Les Gitz : de Zoebersdorf et Schwindratzheim , mais tous à plus ou moins long terme de Schwindratzheim, on les retrouve dans toutes les branches de l'arbre généalogique. Sont également représentées la plupart des familles de prévôts, d'écoutètes (avant 1686), de bergers seigneuriaux et d'échevins du Pays de Hanau et parfois du Kochersberg, comme les Wendling et les Brumter de Ringendorf, les Rommert de Ringendorf-Wickersheim-Ingenheim, les Fuchs de Waltenheim, les Firn et les Michel de Geiswiller, les Scholler, les Isen et les Martzolf de Schalckendorf, les Spiess et les Schweyer de Schillersdorf, les Schmidt et les Hammann de Wilshausen, les Reiff de Mittelhausen-Hohatzenheim, les Urban, les Klinghammer, les Hammann et les Diemer de Reitwiller, les Kern et les Schmitt de Printzheim, les Werner de Zoebersdorf-Riedheim, les Cuntz de Bossendorf, les Kürst de Lixhausen, les Stoffel de Uttwiller…toutes des vieilles familles d'origine alsacienne avec parfois quelques ancêtres souabes ou badois venus au début du XVIIe siècle (rares). Mais à côté de toutes ces familles alsaciennes nous trouvons également de nombreuses familles d'une origine autre que le pays de Hanau (dont la Suisse) comme les Stad , les Kauffmann (de Suisse), les Schaeffer (de Moselle), les Klein (de Landersheim, appartenant à la famille De Mittelhausen), les Frey (de Biberstein en Suisse), les Bronner (de Suisse), les Krieg (de Bade)…venus s'établir dans le Pays de Hanau après la guerre de Trente ans. 3.2.3 Nous allons étudier de plus près quelques cas spécifiques de cette immigration
L'affaire Beat Jacob Frey 1694 (ancêtre de Anna Catharina Frey n°181) Dans les archives paroissiales de Ringendorf on trouve un acte de mariage daté du 11 novembre 1694 entre Beat Jacob Frey, valet de ferme de religion réformée, originaire de Biberstein, en Suisse, qui épouse Catharina Krieg, fille de son maître Jacob Krieg, laboureur fortuné de Wickersheim. " Den 11. November (1694) ist Beat Jacob Frey der ledige Dienstknecht zu Wickersheim, sonsten gebürtig zu Biberstein, Bernerbieths, nachdem er mit seiners Meisters Jacob Krieg, Bürger zu Wickersheim ledige Tochter namens Catharina ungepührend zugehalten und sie geschwängert, auch deswegen Obrigkeitliche Straff über sich ergehen lassen mit obgedacht seines Meisters Tochter copuliert worden in Wickersheim. Wobey der Hochzeiter Beat mit gegebener Handtreu ferner versprochen, dab, obschon Calvinistischer Religion zugetan, dennoch die Kinder, es seyen Knäblein oder Mägdlien, so er und seine Vertraute miteinander nach Gottes Willen erzeugen würden, alle zu unserer Evangelischen Lutherischen Religion gehalten und darinen erzogen werden sollen. "
Cet acte permet de comprendre à quel point la religion et la vie pieuse qui devait en découler étaient importantes : d'une part Beat Jacob Frey a été puni pour avoir rendu enceinte, avant le mariage, une femme, qui de plus était la fille de son maître, et d'autre part, il a dû s'engager à élever leurs futurs enfants dans la religion luthérienne. Ce document montre bien la notion de communauté religieuse (" unserer evangelischen lutherischen Religion ") qui dépasse le cadre de classe sociale, mais la religion restant la condition absolue d'appartenance à cette communauté ; l'élément social reste pourtant très important puisque l'on sent très bien la différence sociale entre le " simple valet de ferme "-" Dienstknecht " et le riche laboureur-" Meister ". Le fossé religieux (Luthérienne - Réformé) et la différence de position sociale (maître - serviteur) semblaient être des obstacles majeures à leur union, pourtant, la perspective de la future naissance d'un enfant, symbole de l'amour entre un homme et une femme et de la volonté divine, a surmonté tous les obstacles moraux et matériels et permit le mariage, bien que conditionnel, de deux personnes que tout semblait séparer . Cette situation demeure un cas unique : non pas le problème religieux (puisque les mariages mixtes luthériens-réformés ont été relativement nombreux directement après la guerre de Trente ans) mais celui de la position sociale sont à l'origine du conflit ; on peut déjà soulever l'hypothèse d'une intégration par le statut social et par la fortune dont on dispose, la religion restant la condition première.
La branche Klein de Wickersheim Les Klein n'ont pas été confronté au problème de la conversion, puisque étant déjà luthérien ; on peut dans leur cas parler d'immigration du fait qu'ils viennent s'établir d'une seigneurie externe dans le Pays de Hanau ; leur " intégration ", dans la mesure où ce terme peut être utilisé ici, ne semble avoir rencontré aucun obstacle. Notre hypothèse d'une intégration dans les vieilles familles du Pays de Hanau par le mariage, conditionné par l'égalité du statut social semble donc se confirmer.
La branche Michel de Wickersheim Cette forme de politique matrimoniale a même été poursuivie jusqu'au début du XXe siècle, soit en tout six générations et n'était bien sûr pas le fruit du hasard ; elle permettait avant tout de préserver en grande partie le patrimoine foncier et renforçait des liens déjà existant entre les deux familles paysannes concernées . 3.3 Bilan Il apparaît clairement à travers l'étude de cet arbre généalogique des ascendants et des descendants de la famille Staath de Wickersheim, que les familles paysannes aisées (protestantes) du Pays de Hanau , comme d'ailleurs les milieux bourgeois des grandes villes à la même époque , ont mené une véritable politique matrimoniale à partir du XVIIIe siècle : celle-ci avait évidemment pour but de garantir le maintien d'une certaine aisance financière et foncière ; comme la terre était le seul moyen de nourrir sa famille et de survivre, voire de s'enrichir, elle était au centre de toutes les discussions à propos d'un futur mariage et en a empêché plus d'un ; mais au vu des éléments ci-dessus, une seconde raison paraît s'en détacher ; dans la mesure où, sur une période de deux cent ans, ce sont plus ou moins toujours les mêmes familles qui apparaissent, on pourrait affirmer dans un premier temps qu'il s'agit tout simplement de relations endogames, c'est à dire l'obligation de se marier dans sa propre communauté ; ce terme ne nous paraît justifié que dans certaines limites, par exemple lorsque Johann Georg Staath de Wickersheim épouse en 1763 à l'âge de quinze ans Anna Catharina Fuchs, également quinze ans, de Waltenheim ; dans ce cas il s'agit évidemment d'un mariage arrangé par les parents, destiné à combler un manque de main d'œuvre ou financier . Mais s'il s'agissait uniquement d'endogamie, on retrouverait, bien sûr, parfois les mêmes familles, le Pays de Hanau n'étant pas particulièrement grand, mais sûrement pas à cette fréquence, puisque malgré tout les familles aisées ne manquaient pas sur cette riche plaine agricole. Il y avait plutôt une conscience sociale bien particulière : on était conscient d'appartenir à une classe sociale privilégiée, dans ce milieu exclusivement protestant du Pays de Hanau, une classe qui dominait tant sur le plan politique qu'économique et qui n'acceptait dans ses rangs que des gens correspondant à ces critères, c'est à dire protestant luthérien , disposant d'un certain capital foncier, considéré socialement et respecté ; de plus, le fait de se marier quasi systématiquement avec un membre de sa famille proche (le plus souvent entre arrière-cousins) était moins le fait d'une union arrangée par les parents que celui de la conscience des deux époux qu'un tel mariage ne pouvait leur être que profitable, les enracinait définitivement dans la société alors qu'une union avec quelqu'un d'une classe sociale inférieure les mettrait au ban de chacune de ces classes. De plus, le fait de se marier avec un cousin ou une cousine permettait avant tout de connaître les origines du futur conjoint, à une époque où le fait d'avoir ou d'être un enfant illégitime excluait d'office de ce milieu, permettait de réunir des biens familiaux divisés antérieurement et enfin permettait de connaître le montant de la future dot , qui assurerait la survie de la famille. On a trop souvent décrit les relations matrimoniales de ces milieux par des termes comme " endogamie ", " mariage arrangé ", " mariage de raison " etc., or ce sont probablement les époux eux-mêmes qui se choisissaient, se pliant ainsi aux règles d'une société qui n'admettait pas les écarts et dans laquelle la considération sociale était en étroite relation avec le statut social, les origines (" honorables ") et la fortune de la famille, fruit de son travail ; il apparaît d'ailleurs clairement que chaque ferme avait des familles préférentielles qui " fournissaient " les conjoints pour l'héritier et " accueillaient " les autres enfants, et que ce " système " a permis à de nombreuses générations de maintenir leur statut social. On peut donc véritablement parler de l'émergence d'une bourgeoisie rurale qui possédait le pouvoir économique et politique, bien disposée à le garder grâce à des mariages avantageux. Ainsi, aucune famille du Pays de Hanau ne peut prétendre, malgré les différentes politiques matrimoniales, être alsacien à 100 %, elle aura toujours un ancêtre, suisse, souabe, badois ou autre, riche ou pauvre, dans son ascendance, et c'est peut-être là que réside toute sa richesse…
Conclusion
Le Pays de Hanau était donc au lendemain de la guerre de Trente ans un territoire exclusivement protestant. La Réforme avait été introduite à Bouxwiller, sa capitale, en 1545 par le comte Philippe IV de Hanau-Lichtenberg et son prédicateur Théobald Groscher, et bientôt étendue à tout le comté. Ainsi, dès que les nouveaux colons ont été acceptés dans les rangs de la population locale, le Pays de Hanau paraît s'être refermé sur lui-même ; il y a eu en quelque sorte l'émergence d'une bourgeoisie rurale qui a mené une véritable politique matrimoniale, qui visait d'une part le maintien du pouvoir économique et donc politique (dans le cadre de la communauté villageoise), et d'autre part le tissage de liens particulièrement étroits avec certaines familles des proches environs. Nous n'adhérons pas à la thèse de l'endogamie (dans son sens premier), mais plutôt à celle de l'existence dans ces milieux d'une conscience sociale qui faisait que l'on choisissait consciemment, dans la perspective de se marier, quelqu'un qui saurait apporter aisance, confort et considération dans une société ou chacun ne pouvait que rester à sa place. En 1900, les familles aisées du Pays de Hanau semblent faire partie d'un milieu relativement fermé, avec des relations familiales plus que complexes, dominant la société politiquement et économiquement pour former une sorte d'oligarchie bourgeoise rurale. C'est oublier que bons nombres de leurs ancêtres étaient valets et domestiques, venant de Suisse ou d'autres régions européennes, et que ce n'est qu'à force de travail et de persévérance qu'ils ont réussi à gravir l'échelle sociale.
Remerciements Nous tenons tout particulièrement à remercier Monsieur le Professeur Frédéric Hartweg pour ses conseils et ses encouragements, les familles Jacob, Michel, Schaeffer, Reiss et Staath pour leurs témoignages et leur aide documentaire, le personnel des mairies de Wickersheim, et de Issenhausen, le personnel des Archives départementales du Bas-Rhin pour leur disponibilité, ainsi que toutes les personnes qui ont contribué d'une façon ou d'une autre à l'élaboration de ce mémoire.
Sources et repères bibliographiques
Archives - Archives départementales du Bas-Rhin
Ouvrages - ADAM, Johann, Evangelische Kirchengeschichte der elsässischen Territorien bis zur Französischen Revolution, Strasbourg, Heitz, 1928.
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